mercredi 13 octobre 2010

Déjà 50 !

50 ans... Certains passent le cap du 50 ans avec un grain de sagesse, de fierté et d'autres, avec une tasse de déprime et parfois même d'amertume. C'est une toute autre histoire quand vient le temps de célébrer 50 ans de mariage... quoique, à bien y penser, pour certains, ce doit être la même chose. Enfin bref, nous avons, pour notre part, passer le cap des 50 visites à l'orphelinat lundi après-midi. Cinquante marrons recueillis, cinquante mailles tricotées, cinquante moments de bonheur, mais aussi cinquante séparations, cinquante promesses de se revoir et cinquante fois à rêver de traverser cette barrière à tout jamais. Le temps a passé si vite et notre famille, grâce à ces cinquante réunions, a su se tisser tranquillement.

Notre consolation lors de nos moments de départ est de constater l'effet de ces cinquante rencontres : quand vient le moment de se séparer, nous invitions Émilie et Arthur à partager un câlin afin de les amener, pas à pas, à créer une relation entre eux. Voilà que, lundi, en ce jour de notre cinquantième, Émilie a redemandé un deuxième câlin à son frère, au moment où il s'éloignait pour rejoindre son groupe. Les yeux mouillés, Ludo et moi avons partagé un regard au sein duquel on se demandait si c'était là le signe que nous avions réussi à se tricoter une petite famille...

Avec nos cinquante visites en poche, nous sommes, pour l'instant, les plus "vieux" de l'orphelinat. Nous serons les prochains à quitter l'orphelinat, laissant derrière nous plusieurs souvenirs, mais aussi, nos cousins français, J-B, Corinne, Karine et Philippe à qui nous voulons partager notre maigre expérience de la ville avant de quitter. 

En fait, nous ne faisons que poursuivre la lignée de bienfaits qui a été amorcée par nos amis Lucie et Thomas. Armés de leur expérience à Lugansk et de leur patience, ceux-ci nous avait partagé tous leurs petits secrets luganskais. À notre tour, en bons guides, nous partons à la découverte de Lugansk avec nos cousins français et Bab. Hier, nous avons profité d'un moment d'ensoleillement pour faire découvrir le marché public #2, le #1 étant plus haut dans la ville et davantage destiné à l'achat d'habits. Les allées du #2 sont beaucoup plus étroites et le matériel vendu beaucoup plus éclectique. Quand, au bout d'une allée Jean-Bruno m'a demandé ce qui se trouvait au fond, j'ai tenté de déchiffrer l'affiche et, fièrement, je lui ai répondu "une boucherie". "Et en haut, qu'y a-t-il, on peut y monter ?" Aucune idée. Fervents d'aventure, nous sommes donc partis, J-B en tête, oui, en fait le guide principal, Ludo, est quelque peu plus lent que le reste du groupe alors il ferme la lignée... d'accord, j'entends déjà les "oui, mais c'est aussi ça être un guide... s'assurer que touts les petits cannetons ne s'égarent pas"... c'est vrai.

Alors, au fond de ce marché, il y avait bien une boucherie, mais ce que nos yeux ont vu là dépassait de beaucoup tous les monuments ou les attraits "touristiques" de la ville... une vraie boucherie à la mode des années soviétiques. Une salle équivalente à trois gymnases, aucun frigo et des tas de viandes étalées et prêtes à être achetées. Comme quoi, même les guides peuvent découvrir d'incroyables trésors enfouis... il s'agit parfois de suivre l'initié. C'est toute la magie de l'accompagnement, mais ça, c'est un autre sujet et je ne m'égarerai certes pas dans celui-ci, car la dernière fois que je l'ai fait, ça a pris quatre ans et un peu plus de 200 pages...



Nous avons donc acheté du fromage au lait cru et une sorte de crème pour aller dessus. La dame m'a entretenue sur le sujet pendant plusieurs longues minutes, peut-être deux, mais le temps paraît plus long en russe. Mes hochements de tête et mes "Da, da" étalés ici et là dans la conversation laissaient présager au Groupe que je saisissais le contenu de celle-ci, mais mon "Sors l'argent Bab" un peu paniqué a vite fait de détruire cette illusion. Nous avons poursuivi notre visite du marché #2, découvrant et achetant quelques produits du terroir ukrainien.

En cette fin de journée, une question demeure : "Comment être guide sans s'épuiser ni se perdre soi-même?". Nous nous endormirons sur cette interrogation, trop fatigués pour y trouver une réponse convenable.

Mais avant de vous quitter, afin de célébrer nos 50 visites et pour vous remercier de nous suivre si fidèlement, nous vous partageons un petit film d'Émilie regardant l'album de famille avec papa. Après Fernande, Roland, Linda et Louiselle, à vous de voir Émilie en vrai, ou presque...
Dasvidanïa !
Chantal

Enfin Émilie !

mardi 12 octobre 2010

Attention! Deux messages aujourd'hui!

Jour de Thanksgiving

Traditionnellement, Thanksgiving était célébré afin de remercier Dieu pour l'abondance des moissons. Ludo et moi sommes loin d'être des agriculteurs aguerris, mais l'opulence de nos récoltes de l'année nous incite à rendre grâce à notre tour. En fait, il serait fort ingrat de notre part de passer outre cette tradition puisque nous avons été très privilégiés cette année.


L'idée de célébrer l'Action de Grâce plaisait bien à Ludovic. Nous partagerions un souper agréable avec nos nouveaux amis français, Jean-Bruno et Corinne. Or, quand j'ai poussé la réflexion un tantinet plus loin, là c'était une toute autre histoire. En effet, quand je lui ai demandé ce pour quoi il rendrerait grâce cette année, il a levé les yeux, cessé d'essuyer la vaisselle et, le regard vide, oui, vide serait le bon terme, il m'a répondu : "Euh... l'adoption-là, la force d'avoir terminé les rénos pis... tes beaux yeux". Bon, j'ai vite compris que je ne pourrais pas m'appuyer sur ses grâces pour compléter le blog d'aujourd'hui. Mais en fait, à quoi suis-je reconnaissante ?

Il m'arrive fréquemment de remercier les gens pour un geste posé, une parole bienfaisante ou tout simplement de leur présence dans ma vie. Néanmoins, j'ai souvent l'impression que le mot merci ne traduit pas toujours avec justesse la reconnaissance que je ressens réellement. Je remercie un étranger qui me tient la porte et ce même mot, je l'utilise pour remercier cet homme, ce travailleur de l'ombre qui prend soin des petites jambes de ma fille chaque jour depuis si longtemps. Mais ce mot peut-il vraiment transmettre une reconnaissance à différents égards ? J'en doute parfois, non pas que je ne remercie pas les gens autour de moi, mais bien parce que je me considère si choyée par la vie que je crains de sombrer dans l'ingratitude ou de ne pas être en mesure de transmettre l'ampleur de ma reconnaissance sans tomber dans l'exagération. Bref, mon rapport avec la reconnaissance se veut imparfait et quelquefois insatisfaisant. 


Outre la reconnaissance pure et accessible, il y a aussi cette reconnaissance que j'estime noble, celle pour les événements et les gens qui nous enquiquinent l’existence. Un jour, quelqu'un m'a partagé un sage conseil qui me suit depuis : quand quelqu'un te fait du mal, donne-lui de la grâce ; réponds par de la gentillesse en signe de reconnaissance parce qu'il t'amène à grandir et à découvrir une force en toi. Bon, j'avoue que j'y travaille, mais ce type de reconnaissance exige une sérénité d'esprit que je ne détiens pas d'emblée. C'est souvent avec un peu de recul que je parviens à cerner l'aspect positif d'une situation et, du coup, d'en être reconnaissante. 

Bon, eh bien, tout ça me ramène à ma question de départ : à quoi puis-je bien rendre grâce cette année... J'ai tenté de dresser une liste non-exhaustive de mes grâces ; liste à laquelle j'ai tenté d'ajouter quelques reconnaissances "nobles".  

Je suis reconnaissante à la Vie pour...
  • mes deux nouveaux trésors ; mon Émilie Jolie et mon petit roi Arthur ; ces boules d'énergie qui m'ont acceptée comme maman et qui me comblent de bonheur ;
  • mon mari, mon meilleur ami, cet homme si fort, si généreux et si drôle qui enjolive ma vie ; celui qui, quand la tempête gronde, reste droit, courageux et aimant ; celui qui, j'en suis fière, est maintenant le père de mes enfants, un père que j'admire jour après jour ;
  • ma famille et ma belle-famille, toujours présentes, toujours aimantes, celles sur qui je peux compter en tout temps, qui me soutiennent dans mes projets les plus fous ; ma famille, cet oasis où je peux me ressourcer, rire, pleurer, pester, être vraie et être aimée quand même (Linda, vous faites partie de cette catégorie); 
  • cette nouvelle maison remplie de "potentiel", de défis, d'impromptus et de rêves ; ces rénovations qui ont su solidifier notre couple et greffer de merveilleux souvenirs à notre histoire d'amour ;
  • ma piscine et mes nouveaux tuyaux d'égoûts qui me permettront de laisser libre cour à ma passion de jardiner ;
  • Richard, ce collègue, cet ami, ce mentor qui a su voir en moi ce qui n'avait pas encore mûri et qui, avec patience et doigté, a toujours su être présent ;
  • le privilège d'exercer un métier qui me passionne et, surtout, de pouvoir partager cette passion ;
  • ces amitiés qui égaient ma vie : ces rencontres autour d'une bonne tablée, ces rires partagés, ces oreilles tendues pour écouter, ces épaules sur qui je peux pleurer et cette chance de savoir que vous me faites une place dans votre vie.
Pour tout cela, du fin fond de mon Lugansk grisailleux, je rends grâce... Je réalise que je suis choyée, bien entourée, aimée et chanceuse. Ma vie est belle, malgré ses imperfections... et je ne peux qu'en être reconnaissante.

Chantal
Avez-vous vu l'ours... nous avons contenté J-B
en lui passant notre ours canadien pour la soirée
(voir le message de Ludo)



Quatre jours en quelques étapes

Lundi, 23h09, Lugansk, quelque part en Ukraine
Bonsoir,

Il y a déjà quatre jours que nous ne vous avons pas donné de nouvelles. Nous avons beaucoup ET pas beaucoup à dire. Le train-train quotidien s'est installé, mais il y a quand même certains événements intéressants qui méritent d'être soulignés. Les voici sous forme de liste, probablement en ordre chronologique:


 

Un ordi sur Skype, l'autre sur le match!

1- On est fan ou on ne l'est pas! Dans la nuit de jeudi à vendredi, j'ai eu l'immense plaisir de regarder le match des Canadiens avec la famille Grégoire. Merci à Megan pour la première période, à Jeremy pour la seconde, à Linda pour sa patience pour les essais d'installation de 18h45 à presque 19h30 (heure du Québec) et à Paul pour sa tenue d'occasion! Désolé...Vous n'aurez pas plus de détails à ce sujet! J'ai passé un très bon moment même si le Tricolore a perdu.







2.1- Il y a quelques jours, lors de l'événement «Émilie-a-mis-Vlad-en-rogne-mais-finalement-c'était-pas-ça-elle-ne-faisait-que-pleurer-pensant-que-nous-ne-viendrions-pas-ce-matin-là», Vlad, par l'entremise du téléphone et de Valentina, nous a annoncé qu'il commencerait à prendre ses distances et qu'il disparaîtrait dorénavant tout de suite après les exercices matinaux, afin que ce soit plus facile pour nous, pour Émilie et aussi pour lui. Nous avions compris alors, comme nous le pensions, qu'il était lui aussi attaché à la petite. Il ne voulait pas que l'on pense qu'il nous boudait. Derrière son armure de physiothérapeute rigide et demandant, nous savions très bien que se cachait un homme au coeur tendre.

2.2- Vendredi matin, nous étions dans la petite salle, celle où Émilie fait ses exercices tous les jours. Nous étions tous les quatre. Le petit-fils de la directrice, Richard, venait à l'occasion faire son tour dans la salle, car lui et Émilie s'entendent très bien. Chaque fois qu'il apparaissait, il y avait Vlad qui suivait... Je crois que sa tâche ce matin-là était de garder Richard...À un moment donné, Vlad est devenu l'homme qui se cache derrière Vlad... Les deux enfants étaient dans la piscine à balles et Vlad a commencé à leur en lancer. En quelques secondes, la guerre était déclarée et des balles de couleurs allaient et venaient dans tous les sens. Vlad, le professionnel sérieux, avait enfin une faille, pour moi une sorte d'hommage à la petite, comme pour lui dire au revoir. La bataille a duré plus de cinq minutes, durant lesquelles toute douleur ne comptait pas, incluant celle provoquée par le contact des balles et des pinces dans les cheveux d'Émilie! C'était la guerre, c'est tout. Les enfants contre les adultes, Arthur regardant tout cela se dérouler sans broncher. J'ai adoré ce moment parce que le contact passait enfin avec Vlad, pas par des paroles, mais, encore mieux, par un geste que j'ai, peut-être à tort, trouvé symbolique.

3- Samedi, Arthur est venu un peu plus vers moi. Ça fait du bien! Quelques danses loufoques, de la jonglerie, et le tour était joué!

4- En repartant de l'orphelinat (le matin), nous avons essayé un nouvel autobus, le 107. Nous croyions qu'il nous mènerait au même coin de rue que le 117 et le 151... Vous comprenez déjà par cette phrase que nous n'avions pas raison! Nous avons marché près de deux kilomètres pour rejoindre le point voulu. Nous sommes ensuite allés montrer le marché extérieur au couple de cousins. J'aime ce qui se passe: quand nous sommes arrivés à Lugansk, nous avons découvert la ville avec Lucie et Thomas, un autre couple d'adoptants québécois présents depuis une semaine. Ils ont maintenant quitté la ville, et c'est notre tour de faire découvrir certaines choses aux autres. Nous sommes, en quelque sorte, leurs guides. Lors d'un repas un peu modeste mais combien agréable dans une cafétéria (place où l'on peut pointer ce que l'on veut manger sans avoir à dire un mot!), j'ai grandement déçu notre nouvel ami Jean-Bruno. Il nous disait combien il était désapointé de ne jamais, en deux voyages au Canada, avoir vu un ours... Je lui ai répondu qu'en trente-trois ans de vie, je n'en avais pas vu non plus! Vous auriez dû voir sa gueule! Désolé J-B, il fallait que j'en parle! Après avoir pris le café et le dessert dans notre petit café simili français (Melange), nous avons repris immédiatement l'autobus. Grosse journée!

Monument quelconque (Lenin, nous croyons) pris en photo
lors de notre détour avec l'autobus 107
4- Durant la session de l'après-midi, Phil, l'Américain, avait amené son ordinateur avec une connection internet par ondes cellulaires. À coups de dix secondes, nous avons pu prouver à mes parents que nous étions vraiment en train d'adopter: ils ont vu des enfants vivants, des enfants qui bougent, une petite fille qui répète les mots entendus de la bouche de son futur-père: «Bonjour! Allô! Allô! Bonjour! Ça va bien?...» Très court mais quand même satisfaisant!

5- Samedi soir, c'était l'arrivée des renforts. Nous sommes allés chercher Louiselle à l'aéroport de Lugansk, situé à vingt minutes du centre de la ville. Cet aéroport fait le lien entre Kiev et Lugansk et entre Lugansk et Moscou. Vers 22h10, Bab (babouchka), apparaissait. Après deux photos de bienvenue, je me suis fait attaqué par une douanière en crise. Elle m'a tabassé et a détruit devant une foule en délire la carte-mémoire de la caméra. Bon, d'accord! J'exagère! Une dame m'a simplement fait comprendre d'arrêter. Louiselle est vivante! La turbulence de Montréal à Zurich a épargné sa vie!


6- De retour à l'appartement, un peu avant 23h00, je n'avais pas encore soupé. Le four pour Louiselle et moi, la bouilloire pour son thé, le chauffage d'appoint dans notre chambre...Ça saute. Plus de four, plus d'éclairage dans la chambre, plus de frigo, plus de chauffage dans la chambre. Résultat: frigo déplacé dans le couloir et branché dans la toilette, on gèle de nouveau durant la nuit. Ça s'est réglé en deux jours, entre deux remontrance comme quoi on chauffe trop et que c'est pour ça que ça a sauté. En Ukraine, si quelque chose ne fonctionne plus dans un appartement, c'est automatiquement la faute du locataire étranger! Lucie est aussi là pour confirmer.



7- Je laisse à ma belle-maman le soin de vous raconter ses rencontres avec les enfants. De notre côté, nous étions excités et émus de lui présenter nos trésors.

8- Dimanche soir, nous avons été invités à souper chez les Français. Ça a été une soirée très agréable. Nous en avons profité pour dire au revoir à Phil, qui quitte Lugansk demain matin (mardi) pour Kiev avec sa petite Lisa.






Arthur, 28 mois. Activité préférée: manger

Intense séance de cutex initiée par Bab lors de sa première
rencontre avec les enfants

Même moi, j'y ai participé...

Prout-prout sur la bédaine!

Louiselle et Arthur dimanche après-midi

Pas le droit de cochons dans les autobus, selon ce que nous comprenons...

Fait irréel: nous partons de l'orphelinat en autobus: huit passagés,
sept francophones et un anglo! Le bus nous appartient!


9- Aujourd'hui, la journée avec les enfants s'est très bien déroulée. Nous nous attachons de plus en plus à eux. Notre coup de coeur va à Émilie. Selon la routine de fin de séance, nous allons reconduire Arthur en premier. Nous essayons de rapprocher les enfants l'un de l'autre. Nous proposons toujours à Arthur de faire un câlin à sa soeur avant de disparaître derrière la porte de son local. Ce soir, après un premier câlin, Émilie a redemandé à son frère de s'approcher et lui en a fait un autre... On sent que quelque chose se passe dans sa tête et c'est très beau. C'est aussi bien spécial de constater à quel point elle comprend tout ce que nous lui disons, malgré la flagrante barrière de la langue.

10- Bon souper à la «maison» avec le couple français: patates pilées et poulet de Lugansk (qui remplaçait la dinde!».

Voilà! Pour de plus amples informations sur la journée de lundi et pour des réflexions plus brillantes, référez-vous au message ci-haut intitulé «Jour de Thanks Giving».

Bonne soirée à toutes et tous!

Ludo


jeudi 7 octobre 2010

Bonjour Toutes et Tous,

Vous attendez depuis presque vingt-quatre heures pour avoir le dénouement de l'histoire de la petite qui a mal commencé sa journée. Et bien voilà:quand nous sommes arrivés à l'orphelinat ce matin, nous nous sommes fait dire «Vlad» avec un doigt qui pointait vers le haut. Nous sommes montés à la salle d'exercices où Émilie et Vlad venaient de terminer leur séance. J'ai appelé Valentina pour qu'elle parle à Vlad afin de découvrir ce que la petite peste avait bien pu faire la veille à la même heure. Vlad prend le téléphone et voici la conversation:«rklrnkjnsffhiudvhosrbit djbjkehbtjvb vselkjhtt itslubow wriubtokjd dhbwoyshe flfoeiubfeplkef (pause: il écoute) weiurbsldnf velrjkhlwer vlkw;lejlw lwqjelwkej sl.alksndff (pause: il écoute) lqweirunkerhvkj (nous, nous lui sourions parce qu'il sourit au téléphone) kjurybvkseaeh akjhkws,wshbksa weuhybckerhr aejrhkaehbkfj.» Je reprends le téléphone pour entendre Valentina qu'Émilie pleurait parce que nous ne nous étions pas présentés à la salle ce matin-là et que, rendue en bas, nous n'étions pas là non plus! Elle pensait que nous ne viendrions pas. Vlad n'était donc pas du tout fâché la veille. N'est-ce pas beau comme dénouement? N'est-ce pas inattendu? N'est-ce pas là la meilleure raison de pleurer? C'est le coeur gros mais léger que nous avons regardé Émilie et l'avons pris dans nos bras. C'était le scénario parfait! Voilà pour le suspense...

Le reste de la journée s'est bien passé. Les dames qui s'occupent d'Arthur nous ont par contre demandé de ne le garder avec nous que trente minutes, matin et après-midi, parce qu'il est malade et ne veulent pas qu'il se fatigue. C'est un tantinet ironique parce qu'avec nous, hier, il a regardé des livres, empilé des beignes en plastique de différentes grosseurs et écouté un bout de film. Avec son groupe d'environ douze enfants, il marche, se chicane et joue sans arrêt... On ne s'obstine pas avec une nanny! Après les trente minutes règlementaires, nous sommes sortis avec Émilie pour bouger un peu plus. Elle en a bien besoin! Elle est tombée dans les Duracell quand elle était petite. Et pas les rechargeables qu'il faut jeter après quelques utilisations!

Alors voilà. Une journée toute simple, toute douce. Il n'est que 21h05, mais je dois bien vite aller me coucher car je me lève à 1h40 pour regarder le premier match de la saison régulière des Canadiens! Écraseront-ils les maudits Toronto? C'est un suspense presque aussi poignant que celui d'hier matin!

Bonne soirée! Je vous laisse sur quelques clichés.

Ludo



En approchant de l'orphelinat, cet après-midi, une vache se
trouvait sur notre chemin. J'ai demandé à la dame si je pouvais
la photographier. Un grand sourire en guise de réponse, elle
s'est même jointe à sa bête pour l'une des photos!

Papa fait des niaiseries avec Padounka

On joue ici aux pieds qui puent!

mercredi 6 octobre 2010

Cocoon 2


Ça y est, nous l'avons eu notre moment de cocooning en famille. Le rhume de Arthur aidant, nous sommes demeurés à l'intérieur aujourd'hui et nous en avons profité pour passer du temps collés collés. Ce matin, nous avons fait la lecture aux petits. Avec le même livre russe, Ludo et moi avons su captiver Émilie en lui racontant une histoire bien différente. (Je, Ludo, prends le relais pour terminer ce message) La dernière phrase de Chantal est complètement fausse: mon histoire ne l'a absolument pas captivée, de sorte que j'ai dû arrêter alors que le petit Jésus n'était même pas né! Tu es trop gentille, ma Cocotte! Il ne faut pas me ménager comme ça! Bon! Réglé pour les mensonges! Nous avons effectivement eu notre journée relaxe avec les enfants. TRÈS relaxe pour Arthur... Le pauvre «morve», tousse «creux» et fait de la fièvre. En après-midi, nous avons essayé le cinéma. J'ai apporté mon ordinateur et avons tenté de regarder un film (Madagascar). Ça s'est avéré être un beau moment, alors que nous étions accompagnés des autres adoptants et de leurs enfants. Il y avait donc devant l'écran deux Québécois, deux cousins Français, un Américain et quatre enfants Ukrainiens. Un beau mélange! La projection s'est arrêtée après seulement vingt minutes... Je peux comprendre les enfants: à Kiev, j'ai tenté l'expérience de regarder la télévision en russe... J'ai flanché bien avant vingt minutes! MÂlâdièts les enfants! Bravo!

Arthur et Chantal regardent l'album de famille.
Remarquez cet enfant plein de vie!

Émilie, juste avant de ne plus être captivée. Se grattant la tête,
elle se demande déjà où je m'en vais avec mes niaiseries!















Une belle journée, certes, mais qui a drôlement commencé. Durant la semaine, lorsque nous arrivons le matin, nous nous rendons en premier dans le secteur d'Émilie: une porte qui donne sur un petit local qui ne sert à rien, une autre porte, celle-ci toujours ouverte, qui mème au couloir où il y a toutes les chambres. Ces dernières sont à droite et leurs murs sont en vitre à partir de la moitié jusqu'au plafond. Habituellement, nous nous rendons à cet endroit pour nous faire dire:«Vlad», avec un signe vers le haut qui nous fait comprendre, intelligents que nous sommes, qu'Émilie est avec Vlad en haut en train de faire ses exercices matinaux. À l'occasion, la petite est déjà descendue et vaque à ses occupations (?). Il est aussi arrivé, tel que mentionné dans un ou deux messages précédents, qu'elle soit dans le corridor à se promener avec Padounka, sa marchette. Ce matin, un tout autre genre de scénario. En s'engageant dans le corridor, nous apercevons Vlad, les bras croisés, l'air fâché, qui fixe la petite à travers la fenêtre. La porte de la chambre est fermée. Nous nous approchons. Émilie, toujours toute souriante à ce moment, viens de finir de pleurer. Elle a les yeux rouges et nous regarde avec un visage triste, défait. Je crois qu'elle aurait aimé que nous n'arrivions pas à ce moment. Vlad, que nous adorons, nous regarde, sachant très bien qu'il ne peut pas nous expliquer la situation. Nous avons tout de même, je crois, réussi à lui faire comprendre que nous étions de son côté, que nous ne remettions pas en doute son autorité et ce qui en a découlé. Il nous a demandé si Valentina, notre interprète, était là. Il semblait vraiment tenir à ce que l'on sache ce qui s'était passé. «Kiev», a été notre réponse. Nous aurions aussi beaucoup aimé savoir, mais nous n'avions pas notre cellulaire pour communiquer avec Valentina. Nous avons déjà vu Émilie pleurer parce que nous la ramenions pour le dîner ou le souper, ou parce qu'elle était contrariée dans une stucture de jeux à l'extérieur, mais jamais une ambiance si lourde n'avait plané comme ça. Et elle planait plus bas qu'un rapace. Nous sentions la pression sur ses épaules. Et la tristesse qu'elle portait de nous voir la voir. Ayant déjà à quelques reprises assisté à la séance de massage et d'exercices, nous savons qu'Émilie est généralement très disciplinée et travaillante.Vlad est rigoureux, très rigoureux, mais il est aussi trèsjuste et patient. Nous avons donc hâte, non, très hâte de savoir ce qu'elle a pu faire pour le mettre dans un état pareil. Nous nous coucherons sans savoir, mais c'est armé de notre cellulaire que nous présenterons à l'orphelinat demain matin!

Voilà! Il se fait tard ici. Chantal dors depuis déjà une heure, à moins que les Ukrainiens qui font la fête dehors n'aient chanté assez fort pour la réveiller!

Bonne soirée!

Ludo (et Chantal pour les premières lignes)