mardi 21 septembre 2010

Attention, il y a deux messages aujourd'hui...

De surprises en surprises

Aristote disait que la surprise est l'épreuve du vrai courage. Quand nous regardons objectivement notre dernière année, nous réalisons à quel point nous avons été courageux. En effet, notre vie est remplie de surprises ; parfois bonnes, souvent mauvaises. Mais ces surprises solidifient notre couple et nous apprennent à garder le sourire. Et le sourire, nous en avons eu grandement besoin ce matin...

Arrivés tôt à l'orphelinat pour amener les enfants au laboratoire pour les analyses sanguines, la directrice nous a expliqué que la télévision viendrait nous interviewer en l'honneur d'une fête qui se tiendra le 30 septembre à l'orphelinat pour les adoptants et la directrice. Surprise ! À ce moment précis, je me suis félicitée d'avoir découragée Ludovic d'enfiler son chandail de Superman ce matin. Bref, c'est alors que nous nous sommes docilement rendus dans la grande salle où, avec les enfants, nous avons été filmés et questionnés. Le tout s'est bien déroulé, mais les enfants étaient figés. Nous avons profité de l'occasion pour vanter notre agence et l'orphelinat qui, à nos yeux, font un travail superbe ici en Ukraine. Nous aurons peut-être une copie de cet extrait d'entrevue après le 30 septembre...

Cet événement médiatique passé, nous nous sommes dirigés vers le laboratoire. Le parcours en auto s'est avéré des plus longs et il faisait si chaud. Arthur, du haut de ses 82 cm, suait abondamment. Toutefois, il a été sage. Lorsque nous sommes descendus de la voiture, la petite a vite compris que nous n'étions pas à la maison. Surprise ! Elle a commencé à nous demander, piteusement, si elle allait être piquée... comment mentir sans mentir ? Comment éviter de décevoir et de faire mal à nos enfants quand on sait pourtant que le geste posé l'est pour leur bien ? Elle a pleuré, crié, mais une fois terminé, le visage complètement mouillé, elle est allée se réfugier dans les bras de papa. Le retour à l'orphelinat s'est très bien fait. Il me semble que c'était moins long... peut-être est-ce dû au fait qu'il faisait moins chaud. Après une bonne banane, quelques crachats de raisins avec pépin (maman avait mal regardés), il a commencé à doucement s'endormir. 

Mais hop! L'arrivée à l'orphelinat ne s'est pas fait sans surprises... Eh non, à notre sortie de la voiture nous attendait une vieille dame qui a tendu les bras vers notre petite. Babouchka ! Quelle surprise ! La grand-maman voulait nous rencontrer afin de s'assurer que les enfants partiraient avec de bons parents. Elle était très inquiète. Ce sont après tout ces petits-enfants mais elle sait fort bien qu'elle n'a pas les moyens de prendre soin de ces deux trésors. 

La rencontre a été forte en émotions. Elle était accompagnée de sa fille, la tante des enfants, la maman biologique étant décédée. Nous lui avons présenté la maison et notre famille via l'album photos. Et tout bonnement, les yeux mouillés, elle m'a regardé et m'a dit : "Maintenant, tu es ma fille". J'en ai eu le souffle coupé. Cette femme à qui j'enlève ces petits-enfants, ces trésors, venait de m'adopter. Elle me parlait à l'oreille. Je ne comprenais aucun mot de ce qui m'y était soufflé, mais chacun de ceux-ci étaient doux et remplis d'amour. Du bout du monde, en un rien de temps, ma famille venait de s'agrandir et je ressentais l'amour que ma propre fille avait dû ressentir quand, moi-même, je l'avais choisie. 

Cette rencontre inattendue m'a comblée de bonheur. Nous avons échangé nos adresses et nous l'avons assurée que nous garderions contact. Elle nous a confié qu'elle ne dirait jamais aux enfants que nous ne sommes pas leurs parents biologiques, mais qu'elle tenait à ce qu'ils sachent qu'elle est leur grand-mère. Nous l'avons rassurée en lui disant que nous souhaitions que nos enfants connaissent leur vraie histoire : ces enfants sont tout simplement privilégiés. Ils auront une maman biologique ainsi qu'une maman et un papa de coeur. Elle nous donnera donc une photo de leur maman biologique et d'eux lorsqu'ils étaient plus petits. Cette aventure prend une tournure qui, au début, semblait plus qu'utopique... Nous adoptons des enfants, mais ceux-ci conservent leurs racines ukrainiennes bien ancrées. Quand, au coeur de l'adolescence, ils chercheront leur identité, nous aurons les outils pour les accompagner dans cette quête. 

Vous ai-je aussi mentionné que nous irons les visiter chez eux d'ici la fin de notre voyage à Lugansk'? Ils nous ont généreusement invités et nous avons, bien entendu, accepté leur invitation. Outre le fait de passer plus de temps avec la famille des enfants, Ludovic est ravi de pouvoir manger des mets typiquement ukrainiens.

Jean-Philippe Blondel disait qu'il faut avoir confiance dans les surprises de la vie et, après cette matinée remplie de rebondissements, nous ne pouvons qu'y acquiescer. La vie prend ici la forme d'une balance et, pour compenser nos mauvaises surprises, voilà que viennent s'ajouter des surprises aussi belles qu'inattendues.

À l'instar de notre journée, nous vous partageons quelques clichés pris par surprise... en fait, la surprise vient surtout du fait, qu'en fin de journée, nous avons réalisé que seule la chasse aux marrons de Arthur avait été captée avec la caméra. Donc voilà ce que nous vos présentons, ça et la seule photo de la cocotte cet après-midi.  

Я вaс люблю (Ya vas lioubliou),
Chantal 

Son prénom sera...

Ah... l'étymologie, n'est-ce pas une science intéressante? En recherche, comme en toute chose, j'aime connaîte la sémantique et l'origine des mots. Étudier en profondeur l'étymologie d'un mot me permet d'en saisir le sens avec une plus grande profondeur. Il en est de même pour les prénoms. D'ailleurs, certaines écoles de pensée estiment que l'étude de l'étymologie d'un prénom, doublée d'une analyse numérologique, permet de connaître la personnalité affective d'une personne.

Ludovic se montrait sceptique à l'égard de cette "science" sémantique... jusqu'à ce que je lui lise la définition du nom d'Anastasia. La description correspondait, à quelques détails près, au caractère enjoué et déterminé de notre petite perle. Bien que ce nom soit beau et doux, nous estimions important de le changer, pour diverses raisons, mais surtout pour marquer le début d'une nouvelle vie.

Quelques prénoms nous titillaient chacun de notre côté, mais aucun ne parvenait à convaincre l'autre parent. Ainsi, il y avait le parti "Éloïse" et l'autre parti, celui de papa. À bout d'arguments, de silences porteurs de sens, Ludovic a sorti sa dernière carte ce matin, avant le rendez-vous chez le notaire. Dès sa levée du lit, il m'a chanté cette chanson :
http://www.youtube.com/watch?v=UpjKIcltTOo .

J'ai flanché... elle portera ce prénom, celui que son papa a choisi spécialement pour elle. J'ai toutefois vérifié l'étymologie du prénom :
Du grec haimulos, "rusé" ou du latin aemulus, "qui rivalise", celui-ci correspond parfaitement au caractère fort et déterminé de notre puce.

C'est donc avec ma bénédiction que nous avons officialisé le nom de nos futurs enfants :

Arthur (Ruslan) Paré et Émilie (Anastasia) Paré.

Bonne journée,
Chantal

lundi 20 septembre 2010

Enfin des nouvelles de nous!

Bonjour à toutes et à tous!

Ne vous inquiétez pas: nous pensons encore à vous! Hier a été une journée trop remplie pour pouvoir vous écrire... Dimanche matin, donc, nous nous sommes rendus à l'orphelinat voir les enfants. Ça a été une bonne séance! Je dis «séance» parce que ce n'est pas seulement du jeu. Il y a quelques jours, nous nous questionnions sur la discipline à faire ou à ne pas faire en ce début d'apprivoisement. On se demandait si la discipline allait nuire au développement de l'attachement. Nous en avons discuté avec ma cousine Mireille (allô Mireille!) qui a adopté trois magnifiques Chinoises. Elle nous a fortement conseillé de commencer tout de suite. Il faut donc apprendre à mettre nos limites avec la petite (le nom viendra demain!) parce qu'elle teste sans arrêt, surtout avec Chantal. Quand elle veut quelque chose, ça lui prend tout de suite. Elle prend souvent des choses dans nos mains sans le demander, elle partage difficilement... Nièt, padachdi (attends un peu), calme-toi (je ne souviens plus du mot en russe...), etc. Bref, hier matin, une bonne séance. Arthur m'accepte un peu plus (UN PEU plus) à chaque visite. En après-midi, nous sommes allés faire des achats pour la petite: une robe, une jupe, un collant, un Kit de princesse pour faire des colliers (on reviendra à ce Kit plus tard...!). Pour Lui, un autobus qui fait du bruit et un petit ballon avec la carte de l'Ukraine dessus. Ben ben beau. Le dimanche, nous n'irons jamais les voir en après-midi.


Vers 16h00, nous sommes revenus à la maison pour relaxer un peu avant le souper. Nous sommes allés souper dans une micro-brasserie dont je ne sais absolument pas le nom, avec l'autre couple québécois présent à Lugansk, Lucie et Thomas: trop, trop gras (la nourriture, je veux dire!) et un groupe «live» trop bruyant, mais une super belle soirée quand même. C'était vraiment différent des discussions que nous avons eues à Kiev avec d'autres couples, parce que c'était positif d'un bout à l'autre. Deux couples qui en sont à l'aprivoisement de deux petits êtres et qui voient enfin la lumière au bout du tunnel. À Kiev, on sentait le stress des couples qui en étaient à leur deuxième ou troisième rendez-vous, l'anxiété de peut-être repartir pour le Québec (ici, on dit «Canada», désolé papa!) sans enfant...

Ce matin, la futur-maman a eu le coeur brisé.  Chantal a été malade toute la nuit et n'a pas pu venir à l'orphelinat. Futur-papa prépare les jus, la banane et le fromage, choisit judicieusement des jeux tranquilles et part pour la grande aventure! Vu la situation, j'avais décidé de prendre les enfants un à la fois, comme samedi. Je vais donc chercher la petite.  Elle était dans la salle d'exercices avec Vlad, un homme d'exception qui la connaît comme s'il l'avait tricotée. Il sera d'ailleurs d'une grande aide pour notre tricot avec elle. Je suis arrivé au début de la routine matinale. J'ai connu ce matin une petite fille que je ne connaissais pas: sérieuse, disciplinée et très attentive. Après le bain de pied avec massage, elle est montée elle-même sur une chaise, puis sur une table, sans que Vlad ne dise un mot. C'était le temps du massage complet des pieds jusqu'aux fesses. Ensuite, elle est descendue de la table et s'est dirigée vers une échelles en bois appuyée au mur. «Sadis». Elle s'asseoit. «Un», elle répète «un»: elle se lève en s'aidant de l'échelle. «Sadis». Deux...trois...jusqu'à dix. Elle est concentrée, sérieuse comme je ne l'ai jamais vue! Pas même un coup d'oeil vers «papa». Après, elle roule d'un côté et de l'autre pour finir en s'amusant, puis elle se dirige vers moi et tend les bras...Mâlavièt! Bravo! Le gros fun commençait!
Je suis sorti dehors avec elle alors que Valentina, notre interprète, réglait des choses avec la directrice de l'orphelinat. Après environ cinq minutes, j'aperçois au loin Vlad qui s'en vient avec Arthur au bout de la main gauche... «Go papa, c'est ici que ça commence!» Vlad ne savait pas que je voulais les prendre séparément! Les enfants ont été cléments. Outre la petite qui disait vouloir aller aux toilettes alors que ce n'était pas le cas et les deux qui ont «chigné» en même temps, ça a été bien. Pendant que j'essayais de créer un peu plus le contact avec Arthur, la petite marchait avec sa marchette. Nous avons mangé un peu, nous avons dessiné et le temps est arrivé de se séparer pour une neuvième fois. C'est toujours un moment qui arrive trop vite.
















En revenant, ce midi, Chantal n'allait toujours pas mieux. Elle a vraiment besoin de repos, ma Cocotte. Les dernières semaines ont été très dures. Avec mes fidèles amis Valentina et Youri (notre chauffeur), il fallait aller à Stakhanov (on ne prononce pas le K, comme dans «Malakhov»!), la ville qui a vu naître nos trésors, afin de régler le dossier de la séparation. C'est que les enfants ont un frère plus vieux qui n'est pas adoptable parce qu'il vit avec sa grand-mère. J'ai rencontré les femmes qui ont fait tous les papiers quand les droits parentaux ont été enlevés à la mère. Elles parlaient de la petite avec une grande connaissance de son caractère et de ses besoins. J'ai aimé voir que du début à la fin de leur aventure extra-familiale, les enfants ont été entre de bonnes mains. Ça fait beaucoup de bien. L'une des deux dames est d'ailleurs l'initiatice du processus opératoire de la petite! Je l'ai chaudement remerciée.


Première photo de la petite
En revenant à Lugansk, vers 16h, Chantal allait un peu mieux. Elle a donc pris part à la visite de fin d'après-midi. J'ai rencontré à l'orphelinat une actrice nommée Anastasia. Alors que sa nanny essayait de lui enfiler des bas, la petite laissait sortir plein de «ouille» et de «oyoyoye». Elle disait que ça lui faisait mal aux pieds. Moi, je regardais ça avec un sourire en coin, me souvenant très bien des exercices de souplesse que Vlad lui faisait faire ce matin: des rotations dans tous les sens et beaucoup de pression sur les articulations. La petite était avec lui calme et souriante. Nous en sommes encore à essayer de passer un peu plus de temps avec «l'autre»: Chantal avec la petite et moi avec Arthur. Si on se réfère au début du présent message, on se rappelle qu'il faut clairement tracer nos limites avec la petite avant qu'il ne soit trop tard et que la taille du travail à accomplir se multiplie par un nombre X, X étant un gros nombre! Et bien voilà. Pendant que je promeneais paisiblement Arthur en le gavant d'une banane et de raisins, Chantal et la petite confectionnaient des colliers avec le kit à colliers. Le baume à lèvre du Kit à colliers de princesse a vite capté l'attention d'Anastasia. Elle a voulu s'en mettre elle-même, mais Chantal le lui a appliqué. Ce n'était pas la première fois que Chantal lui en mettait. Elles avaient repris leur travail d'artisanat, quand la petite a regardé Chantal avec un air espiègle avant de reprendre le baume. Chantal le lui a enlevé et la petite a commencé à lancer des parties de Kit un peu partout. Après avoir été retirée de la surface de jeu, la petite s'est mise à pleurer et à se débattre. Mon extraordinaire femme en a vu d'autres! Jusqu'à l'an dernier, ellemenait de mains de maîtresse (et non de maître!) des classes dans lesquelles ce genre de crise survenait chaque jour...en français... Valentina n'était pas à portée de voix pour traduire. La petite ne comprenait pas pourquoi elle était retirée et Chantal ne pouvait pas le lui expliquer. Belle situation! J'ai fini par trouver Valentina. Après que la petite se soit calmée, Chantal a pu lui expliquer ses motivations. La petite ne s'est pas excusée, mais elle a dit que dorénavant, elle serait obéissante. Après tout ça, elles sont allées s'amuser: «Glisser encore!» Je crois qu'avec le respect que ma douce a gagné se rattache aussi une part...d'attachement.

De mon côté, Arthur est de moins en moins distant. En le lançant quelques fois dans les airs, j'ai même eu droit à un premier sourire. C'est encore un peu difficile, par contre.

Pour Grand-Mamie
Voilà! Retour à la maison, Cocotte se repose, j'écris pendant longtemps,Cocotte va mieux et il est maintenant presque 22h00. Deamin matin, se sont les prises de sang. Nous entendrons sûrement les complaintes de notre actrice préférée, mais cette fois elle aura raison! Grosse journée, bonne nuit!

Merci pour votre fidélité!

Ludovic (pour Chantal aussi!)

Première photo de famille


samedi 18 septembre 2010

Pas encore parents, mais déjà fatigués...

Notre titre de parent n'est pas encore officiel, mais la fatigue que nous ressentons à nous occuper de nos deux amours, elle, elle est pleinement officialisée depuis déjà 3 jours. Nous faisons des siestes à tous les jours pour nous remettre de notre deux heures de jeux dans le parc et le soir, nous tombons de fatigue dès que la dernière bouchée est prise...

Donc voilà, aucune place à la créativité littéraire ce soir. Nous pouvons toutefois vous dire que tout s'est bien déroulé aujourd'hui. Arthur (et non Arthur Ruslan, l'erreur étant généralisée, nous croyions bon le spécifier... Ruslan sera son deuxième prénom comme pour Ludovic (Roland) et Chantal (Anne)), a souri, il a joué avec une voiture, il a glissé, mais il était un peu enrhummé.

La petite cocotte, pour qui nous avons une bonne idée de son nouveau prénom, mais nous vous le partagerons lorsque nous l'aurons officialisé chez le notaire, elle, a dit ses premiers mots de français : Glisser encore. Elle a de l'énergie à revendre et, ce matin, nous lui avons présenté sa nouvelle maison. À chaque fois que nous passions près de la grille de sortie, elle pointait et elle disait vouloir partir à la maison. Aujourd'hui, grâce à l'interprète, nous avons compris que la maison, pour elle, c'était l'hôpital. Quand nous lui avons montré sa nouvelle maison dans l'album photos, elle a immédiatement rétorqué : "Papa, maman, partons à la maison tout de suite". Elle est craquante.

Elle a beaucoup pleuré quand nous l'avons laissée à la nanny ce matin. Elle s'aggripait à Ludo. Arthur, quant à lui, ne voulait pas laisser le doigt de sa maman ce soir. Il ne comprenait pas pourquoi maman ne venait pas dans la salle avec les autres enfants. C'est difficile de les quitter et nous bénissons le jour où nous n'aurons plus à le faire.

D'ici là, nous reprenons des forces et nous vous partageons quelques photos.
Chantal et Ludo

Retour en arrière: écriture libre

Mardi, dans le train qui nous a transporté de Kiev à Lugansk, nous avons eu tous deux beaucoup de difficulté à dormir. Chantal en parlait dans un message antérieur. La lumière femée, les yeux complètement ouverts, les idées se succédaient dans ma tête à une vitesse incroyable. L'image des photos vues la veille dans les dossiers des enfants, le nom de la petite, ça fait combiende temps qu'on roule, les photos, est-ce qu'on fait la bonne chose (ici, j'avoue que je me posais cette question sachant très bien la réponse avant même d'avoir rencontré les enfants!), le nom de la petite, combien de bouteilles de vodka je peux ramener dans mes bagages, les photos...La vieille dame! À partir de ce moment, je ne sais pas pourquoi, il fallait que j'écrive à propos d'elle. J'ai maintenant le désir de vous partager mes pensées de ce soir-là. Simplement. Bonne lecture et nous reviendrons ce soir avec le résumé de la journée.

Ludo

14 septembre, presque 15
Nous sommes dans le train en direction de Lougansk, à l'extrême est de l'Ukraine. Il y a maintenant environ deux heures que j'essaie de dormir, mais tout va trop vite dns ma tête. Je viens de repenser à cette vieille dame de l'ancienne génération, le foulard sur la tête, dans la petite cabane à l'intérieur du bloc, au pied de l'escalier menant à notre appartement, le 11 rue Mikhailovskaya, à Kiev.  Une dame qui, malgré son air bête, est réconfortante juste par sa présence et son allure classique. C'est elle qui surveille les allers et venues dans le bloc. Elle décide qui entre en pressant le bouton. La première fois qu'elle m'a vu seul, sans Anna (l'interprète qu'on avait au début du voyage), elle m'a quesionné dans sa langue comme si je n'étais pas supposé être là, avant de me laisser monter. Hier matin, elle nous pratiquement chicané parce qu'on voulait prendre l'escalier. On a pris l'ascenseur... On ne discute pas avec une dame de la vieille génération qui a vécu la Deuxième Guerre et peut-être même la Grande Famine. Cet après-midi, quand je suis allé lui remettre la clé de l'appartement, elle m'a semblé très différente. Elle a poussé sa porte cavalièrement, comme pour ne pas me faire attendre. Je lui ai tendu la clé et elle m'a regardé dans les yeux en me parlant dans sa langue. Mais cette fois, ça me semblait positif, plein d'espoir.  Des mots d'encouragement peut-être...Qui sait? Je ne la reverrai probablement plus, mais elle m'a laissé quelque chose. Je ne sais pas quoi.

vendredi 17 septembre 2010

On se tricote une petite famille

Ma grand-mère maternelle était une merveilleuse tricoteuse. Doucement et habilement, de ses doigts de fée, elle tricotait en se berçant dans sa chaise, toujours placée au même endroit dans notre salon. Bien que mes doigts n'aient pas hérité de ce talent, mon coeur, lui, apprend tranquillement à confectionner un morceau bien spécial : une famille qui, nous l'espérons, sera tricotée serrée. 

Or, le tricot, comme tout travail manuel, est loin d'être facile. Ayant trouvé la laine, qui en est une de qualité, les deux aiguilles chargées de tricoter ce morceau doux et réconfortant s'est mis au travail. Les toutes premières mailles de notre famille se sont fabriquées un peu malhabilement, mais, comme le dit le vieil adage chinois, " C'est avec le temps et la patience que les feuilles du mûrier se transforment en robe de soie"...

Ainsi, bien qu'hier nous ayions eu les premiers sourires de Arthur, ce matin, tout était à recommencer. De nouveau, il a rebroussé chemin en nous voyant. Banane, raisins et se tenir loin du barbu, voilà la forme qu'a pris notre matin. Ça et apprendre le mot "Pisset ?" : Tu as envie de pipi ?. Arthur étant supposément propre, je ne me faisais pas de souci avec cela. Or, il a mouillé trois fois son pantalon aujourd'hui. J'ai compris. Demain, je m'appliquerai à penser pour lui que c'est le temps d'aller sur le pot.

Anastasia, quant à elle, nous a démontré sa force de caractère. Ce matin, à notre arrivée, elle faisait ses exercices de marche. Ensuite, Vlad, son infirmier, nous a fortement invités à la faire marcher à l'extérieur. Elle a besoin de soleil, mais aussi, il ne la laisse pas se décourager. Les grands yeux d'Anastasia ne parviennent pas à manipuler son coeur : quand c'est le temps de marcher, on marche. Et Anastasia se prête alors au jeu. Vers la fin de l'avant-midi, nous avons eu le droit à une petite crise. Quel défi de faire comprendre à une enfant en pleine crise qu'elle ne peut avoir un jouet si elle crie et l'arrache des mains, dans une langue totalement différente en l'absence de l'interprète. Nous étions quelque peu démunis, mais nous y sommes parvenus, sans trop de heurts. Un seul en fait, Anastasia me boude un peu depuis. Elle ne se tourne que vers Ludo maintenant... c'est dur pour mon coeur de maman tout neuf.

En après-midi, nous nous sommes promenés en poussette. Nous avions amené un super jeu pour le sable. Cela a occupé les enfants. Nous avons glissé. Ce fut un bel après-midi. Ludo est tout simplement incroyable avec la petite. Il la fait sourire constamment. À eux deux, ils se construisent un petit monde. La petite est tout simplement tombée sous le charme de son papa, mais qui lui en voudrait...

Demain, nous tenterons une nouvelle technique de tricot. En effet, nous avons décidé de voir les enfants séparément le matin, puisque nous devenons accaparés par un seul des deux enfants, de sorte que nous n'entrons pas en contact avec l'autre. Ludo est avec la petite tandis que je suis avec Arthur. Arthur ne voulant rien savoir de l'Homme, je ne peux voir ma cocotte. Cela m'attriste, car elle me manque et je la sens s'éloigner un tout petit peu. Nous avons acheté une poupée, des colliers, des barettes et je ne peux même pas jouer à la fille avec elle. En voyant Arthur seul, nous tenterons aussi de l'amener tranquillement à accepter Ludo. En après-midi, nous réunirons toute la famille pour jouer au parc.

Tout bon travail de tricot se fait en suivant un patron. Le nôtre prend également forme. En effet, ce matin avant la visite des enfants, nous nous sommes rendus à la mairie pour informer l'inspectrice que nous désirions poursuivre les procédures. À présent, elle doit compléter les papiers légaux pour le jugement en cours. Ensuite, nous nous sommes rendus à l'orphelinat pour annoncer la nouvelle à la directrice. Elle est très heureuse et, elle m'a même flatté le bras ! C'est peu commun comme geste. Elle était si ravie que dans l'heure qui a suivi, tous les documents légaux que l'orphelinat doit fournir étaient complétés. Nous nous sommes donc rendus chez la notaire. Notre karma est réellement bon puisqu'habituellement, il est difficile d'obtenir un rendez-vous rapidement avec un notaire. Or, cette fois-ci, nous l'avons eu dans l'heure qui a suivi. Elle a tout complété (demande d'adoption pour la cour et le Département d'adoption). Lundi, nous retournons chez le notaire avec les derniers papiers manquants et nous irons enregistrer les noms officiels des enfants. Par la suite, nous attendrons que la cour nous émette une date de jugement. Il importe ensuite d'attendre 10 jours après le prononcé du jugement afin de s'assurer que personne ne s'y oppose. Ensuite, retour à Kiev par train. Nous demeurerons environ trois jours dans la capitale pour attendre les passeports et visas des enfants et nous pourrons finalement entrer à la maison, en famille.

Notre tricot sera loin d'être terminé, mais il sera certes bien amorcé. Et, comme dans toute bonne famille, certaines mailles seront plus serrées, d'autres plus lousses et, sans le vouloir, nous en sauterons quelques-unes, mais ce sera notre famille, une famille tricotée de notre mieux.

Chantal et Ludo
Étant un peu gaga, on vous met plein de photos. Peut-être diminuerons-nous avec le temps, peut-être pas...
P.S. Avant de vous quitter, nous nous en voudrions de ne pas prendre le temps de vous remercier chaleureusement de votre support. Nous sommes émus à la lecture de vos messages et nous vous sommes reconnaissants de prendre le temps de nous écrire.